Quand certains agresseurs s’anesthésient en agressant

Quand certains agresseurs s’anesthésient en agressant

Mercredi, Mars 4, 2026

Si tu as subi des violences, tu t’es peut‑être déjà demandé : « Comment peut‑on en arriver là ? » ou « Pourquoi certaines personnes semblent avoir besoin d’écraser les autres ? ». Une des réponses, difficile mais importante à connaître, c’est que certains agresseurs utilisent la violence comme une façon de s’anesthésier eux‑mêmes de l’intérieur, sans que cela ne diminue en rien la gravité de ce qu’ils font.

Quand le passé ne passe pas

Après des violences, il ne reste pas seulement un mauvais souvenir. Le cerveau peut garder ce qu’on appelle une « mémoire traumatique » :

  • Des images ou sensations qui reviennent d’un coup.
  • Des émotions très fortes (peur, honte, colère, dégoût) qui débordent, parfois sans comprendre pourquoi.
  • L’impression de revivre la scène comme si elle se passait à nouveau.

Cette mémoire traumatique peut rendre le quotidien très difficile. Pour survivre, beaucoup de personnes cherchent alors, consciemment ou non, des moyens de se couper de ce qu’elles ressentent : alcool, drogues, travail excessif, prises de risques, etc.

Comment l’autre peut devenir un « fusible »

Muriel Salmona explique qu’il existe aussi des stratégies beaucoup plus dangereuses : se mettre en danger ou faire du mal pour provoquer un choc tellement fort que le cerveau « disjoncte » et coupe les émotions.

  • En se mettant dans des situations extrêmes, le stress devient si intense que le cerveau libère des substances qui coupent la douleur psychique : c’est l’anesthésie émotionnelle.
  • Quand quelqu’un choisit la violence contre autrui pour obtenir cet effet, il utilise alors l’autre comme un fusible ou comme une « drogue » : il fait porter à la victime la charge de sa propre souffrance.
  • Plus il se sert de cette méthode, plus il peut en devenir dépendant, avec besoin de recommencer, de recommencer encore, parfois avec plus de violence.

Dans ce scénario, la victime est toujours innocente : elle est prise dans une histoire qui n’est pas la sienne, forcée à jouer le rôle de celle ou celui qui encaisse.

Comprendre n’est pas pardonner

Dire que certains agresseurs sont eux‑mêmes porteurs de traumatismes ne veut pas dire les plaindre ou leur trouver des excuses.

  • Des millions de personnes traumatisées ne deviennent jamais violentes.
  • Passer à l’acte, préparer, répéter, organiser la domination, profiter de la vulnérabilité de quelqu’un : ce sont des choix, qui engagent totalement la responsabilité de l’auteur.
  • La violence n’est jamais un traitement acceptable d’une souffrance personnelle.

Au contraire, comprendre ces mécanismes permet de mieux protéger les victimes, de repérer les signaux de danger, et d’exiger des réponses claires : protection, justice, soins spécialisés pour les victimes comme pour les auteurs.

Ce que tu peux retenir pour toi

Si tu as subi des violences :

  • Tu n’y es pour rien : tu n’es pas devenue victime à cause d’une « faiblesse », mais parce que quelqu’un a choisi de t’utiliser comme objet ou comme fusible.
  • Tes réactions (angoisse, flashs, évitement, conduites à risque, besoin de t’anesthésier) sont des conséquences du trauma, pas des défauts de caractère.
  • Tu as le droit d’être crue, protégée et accompagnée pour comprendre ce qui t’arrive et retrouver du pouvoir sur ta vie.

Mettre des mots sur ce que font certains agresseurs – utiliser les autres pour calmer leur propre douleur – ne change rien à la gravité de leurs actes. Mais cela peut t’aider, toi, à voir à quel point tu n’es pas responsable, et à quel point tu mérites que l’on prenne soin de toi.

  Cet article s’inspire des travaux de la Dre Muriel Salmona (psychiatre spécialiste des psychotraumatismes et fondatrice de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie) sur la mémoire traumatique, les conduites dissociant es et les violences sexuelles. Texte rédigé et adapté pour ce site par Claire-Lise Zwahlen à partir de ces références, dans un but d’information et de soutien aux victimes. 

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