Je suis moi
— Vincent Wolff
Je n’ai pas choisi le silence.
C’est lui qui s’est posé sur moi,
comme une pierre,
comme une nuit.
Je n’ai pas choisi la peur,
ni les gestes qu’on m’a volés.
J’étais un enfant.
Neuf ans à peine.
Et on m’a brisé.
Sans bruit.
Sans témoin.
Sans retour.
Je n’ai pas crié.
Je n’ai pas fui.
Mais ça ne veut pas dire
que j’étais d’accord.
Ça veut juste dire que j’étais seul.
Et que mon corps s’est replié
là où les adultes ne regardaient pas.
J’ai vécu avec ça,
comme on vit avec une ombre
collée au ventre.
J’ai grandi
avec un secret
cousu à l’intérieur.
Et chaque mot que je n’ai pas dit
m’a fait un peu plus mal
que la blessure elle-même.
Aujourd’hui, je dis.
Pas pour me plaindre.
Pas pour me faire aimer.
Mais parce que
mon silence
ne me protège plus.
Il m’enferme.
Je n’ai pas à avoir honte.
Je n’ai rien à cacher.
Je n’ai pas été faible.
J’ai été un enfant fort.
Un enfant vivant.
Et maintenant, je suis un homme.
Un homme qui se relève.
Un homme qui écrit.
Un homme
qui n’a plus peur
de poser ses mots
même s’ils tremblent.
Je suis moi.
Pas ce qu’on m’a fait.
Je suis moi.
Pas ce que les autres pensent
quand ils entendent le mot “viol”.
Je suis moi.
Et je suis là.
— Vincent Wolff