Ce qui suit est le fruit de mon expérience personnelle et l'observation dans la vie des personnes accompagnées.
1. Sortie du silence
Briser le silence, c’est faire le premier pas vers la guérison. Pour les personnes victimes d’abus, parler est souvent une épreuve immense à cause de la peur du rejet, du jugement ou des représailles. Sortir du silence, c’est aussi oser reconnaître ce qui s’est passé — d’abord pour soi, puis parfois pour d’autres — et ne plus porter seule cette charge. Cela peut se faire dans un cadre sécurisé : thérapeute, groupe de parole, écrit intime. Le silence protège au départ, mais il enferme à long terme.
2. Sortie mémoire traumatique : haine, terreur, colère — acceptation de son vécu
Les abus sexuels laissent souvent une mémoire traumatique fragmentée : images, sensations ou émotions surgissent hors de tout contrôle. Reconnaître cette mémoire, accueillir des émotions comme la haine, la peur ou la colère sans s’y perdre est fondamental. Ces émotions sont légitimes. Les vivre permet peu à peu de réintégrer son histoire, et de sortir de l’état de sidération ou de dissociation. L’acceptation ne signifie pas que c’était juste ou tolérable — elle signifie : « oui, cela m’est arrivé », ce qui est une étape clé vers la réparation.
3. Redonner les cartes de la responsabilité : qui a fait quoi ? Qui est responsable de quoi ?
L’un des processus les plus libérateurs est de restituer la responsabilité à celui ou ceux qui ont abusé. L’enfant n’est jamais responsable. Même s’il n’a pas dit non, même s’il n’a rien dit après, c’est toujours l’adulte ou l’auteur qui est le seul responsable. Ce travail de clarification intérieure permet de distinguer les actes de l’abuseur des réactions de survie de la victime. Cela défait la confusion et les faux sentiments de culpabilité ou de honte.
4. Hontes : se libérer des hontes
La honte est une émotion centrale chez les victimes. Elle enferme, elle isole, elle ronge. Pourtant, la honte ne devrait jamais appartenir à la victime, mais à l’agresseur. Travailler sur la honte, c’est comprendre qu’elle a souvent été intériorisée par l’enfant ou l’adolescent·e à travers les regards, les non-dits, ou le silence de l’entourage. Se libérer de la honte, c’est aussi revenir dans sa dignité, reconnecter à sa valeur et se permettre d’exister pleinement.
5. Culpabilité : se libérer de la culpabilité
La culpabilité est souvent mêlée à la honte. Elle peut être liée à des pensées du type : « J’aurais dû dire non », « J’ai peut-être provoqué », ou « J’ai laissé faire ». Ces pensées sont normales mais profondément injustes. Elles viennent souvent d’une mauvaise attribution de responsabilité. La guérison passe par la compassion à soi, la compréhension des réactions de survie (sidération, figement, dissociation) et l’intégration du fait que la victime a fait ce qu’elle a pu pour survivre dans un contexte qu’elle ne maîtrisait pas.
6. Accueillir ses émotions et les laisser sortir
Beaucoup de victimes ont appris à réprimer leurs émotions pour survivre. Mais à long terme, ces émotions non exprimées créent de la souffrance intérieure. Le chemin de guérison inclut la libération émotionnelle : pleurer, crier, exprimer sa peur, sa rage, sa tristesse, son incompréhension. Le corps a besoin de décharger ce qui a été retenu parfois pendant des années. Ce processus peut être accompagné dans un cadre sécurisant, pour éviter d’être submergé·e.
7. Comprendre ce que j’ai vécu pour mieux s’aimer
Mettre des mots sur l’expérience, comprendre les mécanismes psychologiques, les impacts sur l’identité, sur le corps, sur les relations permet de sortir de la confusion et de la solitude. Cela aide à se déculpabiliser et à intégrer les parts blessées. Comprendre, ce n’est pas excuser. C’est reconnaître la complexité du vécu, prendre du recul, et commencer à se voir avec bienveillance et respect, comme une personne courageuse qui a traversé un traumatisme.
8. Apprendre à dire non
Beaucoup de survivant·es ont perdu le lien avec leur capacité à dire non : peur du conflit, peur de blesser, peur d’être rejeté·e. La reconstruction passe par la réhabilitation du « non » comme un acte sain et protecteur. Dire non, c’est honorer ses besoins, ses limites, son corps. Cela peut commencer dans des contextes simples, puis s’élargir aux relations plus proches ou intimes. C’est un pilier fondamental de la reconstruction de l’estime de soi et de l’intégrité.
9. Aimer ses parties sombres et avoir de la compassion pour soi
Les abus peuvent laisser des traces qui donnent l’impression d’être « abîmé·e », « sale », « inadéquat·e ». Certaines personnes rejettent en elles les parts blessées, en colère, honteuses ou dissociées. Guérir, c’est apprendre à accueillir ces parts avec tendresse. C’est reconnaître que chaque réaction fut une tentative de protection. C’est aussi se rappeler que les parties sombres ne sont pas mauvaises, elles portent des blessures qui demandent à être vues, aimées, intégrées. La compassion envers soi devient un baume réparateur profond.
10. Apprendre à se donner de la valeur
Les abus minent profondément l’estime de soi. Pour retrouver sa valeur, il est important de se reconnecter à ce qu’il y a de vivant et de précieux en soi : sa sensibilité, son intuition, sa force, sa capacité de résilience. Se donner de la valeur, c’est aussi se choisir, se traiter avec respect, s’entourer de relations nourrissantes. Ce n’est pas un geste narcissique, c’est un acte d’amour réparateur. Cela permet de retrouver une place juste dans sa vie, sans s’excuser d’exister.
11. Réapprendre à ressentir les émotions
Quand le corps a été traversé par un abus, il apprend souvent à se couper de ses sensations pour survivre. Cela peut créer une forme de gel intérieur : plus de larmes, plus de colère visible, plus de joie non plus. Ce gel, c’est un mécanisme de protection. Mais au fil du temps, il empêche aussi de ressentir pleinement la vie.
Ressentir à nouveau, c’est réhabiter son corps avec douceur, reconnecter avec la chaleur, les larmes, la vibration du cœur. Cela ne se fait pas d’un coup, mais par petites touches : sentir la pluie, frissonner à une musique, être ému·e par un regard.
Conclusion :
Ce support est né de mon cœur, à la croisée de mon propre chemin de guérison, de l’écoute de nombreuses personnes que j’ai accompagnées, et de témoignages puissants partagés avec courage.
Il regroupe 11 étapes essentielles que j’ai vues revenir, encore et encore, dans les parcours de celles et ceux qui reprennent leur vie en main après avoir subi des violences sexuelles. Ce n’est pas un programme rigide, mais un fil de soutien, un outil d’introspection et d’auto-compassion, pour vous aider à mettre des mots, ressentir, vous libérer petit à petit.Si tu traverses ce chemin, sache que tu n’es pas seul·e.